Hommage à Monsieur Soumaré Bocar
Un bâtisseur, un passeur de mémoire, un homme de cœur
Le 27 octobre, à l’Hôpital Jacques Monod du Havre, Monsieur Soumaré Bocar nous a quittés.
Pour l’Association pour le Développement du Village de Nguidjilone (ADVN), sa disparition marque le départ de l’un de ses membres fondateurs, mais aussi celui d’un homme dont l’engagement, la générosité et la vision ont profondément contribué à façonner l’histoire de notre association et de notre village.

Ces dernières années, l’âge et la maladie l’avaient progressivement éloigné de nos activités. Il ne participait plus à nos réunions, à nos assemblées générales et aux nombreuses initiatives portées par l’ADVN. Pourtant, son absence n’était qu’apparente. Son nom revenait régulièrement dans nos échanges, avec le respect et la considération dus à ceux qui ont marqué durablement une œuvre collective. Nous pensions souvent à lui, conscients de tout ce que notre association lui devait.
Comme l’a rappelé Monsieur Demba Diop, témoin privilégié des premières années de l’association et qui connaissait Monsieur Soumaré Bocar depuis leur jeunesse, ce dernier fut, aux côtés de Monsieur Mamadou Sarfa Ndiaye, du Député Amadou Ciré Sall, deux anciens présidents de l’ADVN, et avec le concours précieux de Monsieur Djiby Diop, l’un des principaux artisans de la création de l’ADVN dans sa forme actuelle.

À cette époque, la structure existante regroupait les ressortissants du village autour d’une caisse de solidarité alimentée par des cotisations mensuelles, dont l’objet principal était le rapatriement au Sénégal des dépouilles des membres décédés. Animés par une vision plus ambitieuse, ces hommes ont compris que la solidarité pouvait également devenir un puissant levier de développement.
Sous leur impulsion, l’association a progressivement évolué pour devenir une organisation reconnue, structurée et tournée vers l’avenir. Cette transformation a permis la réalisation d’innombrables projets au bénéfice des populations : maternité, écoles, cimetières, actions de solidarité, aides aux plus démunis et bien d’autres initiatives qui continuent aujourd’hui de servir les habitants de Nguidjilone. Monsieur Soumaré Bocar fait partie de ceux qui ont posé les premières pierres de cette aventure collective dont nous continuons à récolter les fruits.
Mais son héritage ne se limite pas à son engagement associatif au sein de l’ADVN.
Tous ceux qui l’ont connu gardent le souvenir d’un homme calme, jovial et généreux. Son tempérament apaisé favorisait le dialogue et la recherche du consensus. Sa bonne humeur rendait chaque rencontre plus chaleureuse. Quant à sa générosité, elle s’exprimait aussi bien par ses actes que par son attention sincère envers les autres. Il appartenait à cette génération d’hommes qui servaient discrètement leur communauté sans jamais rechercher la reconnaissance.

Installé au Havre, Monsieur Soumaré Bocar était également parfaitement intégré dans le tissu social et associatif local. Grâce à sa remarquable maîtrise de la langue française, qualité relativement rare parmi les immigrés de sa génération, il évoluait avec aisance dans les milieux associatifs, administratifs et institutionnels. Il représentait avec dignité la communauté africaine du Havre et jouait souvent un rôle de trait d’union entre les cultures, contribuant à renforcer le dialogue et la compréhension mutuelle.
Cette ouverture aux autres se reflétait également dans les nombreuses amitiés qu’il a nouées tout au long de sa vie. Parmi les témoignages les plus émouvants figurent ceux de Mesdames Monique et Nicole Lefevre, qui l’ont connu en 1978 lors de l’événement « Le Havre Carrefour des Peuples ». Ce qui n’était au départ qu’une rencontre est devenu une amitié profonde et durable.
Au fil des années, les deux sœurs se sont rendues à plusieurs reprises au Sénégal, jusqu’à Nguidjilone, parfois accompagnées d’autres amis français. Entre 1979 et 2012, elles ont découvert notre village, partagé notre quotidien et tissé des liens qui demeurent vivaces aujourd’hui encore. Elles gardent de ces séjours de merveilleux souvenirs et ont été profondément affectées par la disparition d’un ami fidèle, loyal et sincère. Leur témoignage rappelle à quel point Monsieur Soumaré Bocar savait créer autour de lui des relations authentiques et durables.
Parmi les nombreux héritages qu’il nous laisse, il en est un qui mérite une mention particulière : son rôle de gardien de la mémoire de Nguidjilone.
Passionné de photographie et de vidéo, il fut l’un des premiers ressortissants du village à posséder un appareil photo et une caméra qu’il emportait lors de ses séjours au Sénégal. À une époque où peu de personnes avaient la possibilité de fixer les images du quotidien, il a eu l’intuition remarquable de photographier et de filmer son environnement.
Grâce à lui, de nombreux événements, paysages, lieux, cérémonies et visages ont été immortalisés. Certains de ces lieux ont aujourd’hui disparu, d’autres se sont profondément transformés. Les clichés et les films qu’il a réalisés constituent désormais un patrimoine historique inestimable pour notre communauté.
À travers son objectif, il n’a pas seulement capturé des images. Il a préservé une mémoire. Il a transmis aux générations suivantes un témoignage unique sur le Nguidjilone d’hier. Grâce à son travail et à sa sensibilité, les plus jeunes peuvent aujourd’hui découvrir une partie de leur histoire, mettre des images sur les récits de leurs parents et comprendre le chemin parcouru par leur village.
Ainsi, Monsieur Soumaré Bocar laisse derrière lui un héritage multiple : l’héritage du fondateur qui a contribué à bâtir l’ADVN, celui de l’homme de dialogue qui a su rapprocher les cultures, celui de l’ami fidèle qui a marqué tous ceux qui l’ont rencontré, et celui du passeur de mémoire qui a permis de préserver une partie de l’histoire de Nguidjilone.
Les communautés se construisent grâce aux femmes et aux hommes qui acceptent de consacrer une part de leur vie au bien commun. Monsieur Soumaré Bocar était de ceux-là.
Son nom restera associé à l’histoire de l’ADVN, à ses premières ambitions, à ses réalisations et aux valeurs qui continuent de guider son action. Son souvenir demeurera vivant dans la mémoire de ceux qui l’ont connu, dans les images qu’il nous a léguées, dans les amitiés qu’il a su cultiver et dans les projets qui continueront de faire avancer Nguidjilone.
Le samedi 31 octobre 2026, Monsieur Soumaré Bocar a été inhumé à Nguidjilone, la terre qui l’a vu grandir, qu’il a tant aimée et qu’il n’a jamais cessé de servir, malgré les années et l’éloignement.
Il repose désormais auprès de sa maman, de son papa et de son jeune frère, Djiby Soumaré, disparu prématurément en l’an 2000. Cette terre qui les a vus naître les réunit aujourd’hui à nouveau dans le repos éternel.
En adressant nos pensées les plus sincères à sa famille et à ses proches, nous élevons également nos prières pour tous ceux qui nous ont précédés et qui ont contribué, chacun à leur manière, à l’histoire de notre village et de notre communauté.
Que le Tout-Puissant leur accorde Sa miséricorde infinie, éclaire leurs tombes et les accueille dans Son vaste Paradis.
Paix à leurs âmes.
Aujourd’hui, l’Association pour le Développement du Village de Nguidjilone s’incline avec respect, gratitude et reconnaissance devant la mémoire de l’un de ses plus éminents bâtisseurs.
Merci, Monsieur Soumaré Bocar.
Votre œuvre, votre engagement et votre humanité continueront d’éclairer notre chemin et d’inspirer les générations futures. Vous nous quittez, mais votre héritage demeurera vivant aussi longtemps que vivront l’ADVN et la mémoire de Nguidjilone.
Le Bureau de l’ ADVN France
PS :Pour saluer sa passion pour la photographie, nous vous proposons une sélection de photos tirées d’un album réalisé par Monsieur Soumaré Bocar. Vous pourrez donc admirer des images de différents lieux, pour la plupart complètement transformés aujourd’hui, du marché de Nguidjilone jusqu’à l’église Saint Sépulcre de Jérusalem, en passant par la place de l’hôtel de Ville du Havre et ses immeubles signés Auguste Péret.
Nous vous proposons également les témoignages sonores de Monsieur Demba Diop et ceux de Mesdames Monique et Nicole Lefevre